Frelon à pattes jaunes (Vespa velutina nigrithorax)

Les enjeux…

Les enjeux liés à la présence de cette espèce exotique envahissante sont très importants pour différentes raisons.

Pour l’apiculture
Les abeilles domestiques font partie des proies de prédilection du frelon asiatique à pattes jaunes. Elles sont faciles à capturer et ne savent pas se défendre suffisamment. La prédation peut être énorme, spécialement à la fin de l’été – début de l’automne, lorsque les colonies de frelons sont au maximum de leur développement et comprennent plusieurs milliers d’individus qu’il faut nourrir. C’est aussi la période où les abeilles se préparent à passer la mauvaise saison et si le fragile équilibre hivernal qui s’installe est perturbé, les chances de retrouver des colonies au printemps s’amenuisent.
Mise à part la prédation sur les abeilles, un autre phénomène lié à la présence de frelons aux ruchers est bien connu. A force de voir des frelons attaquer les ruches, les abeilles développent un stress qui modifie leur comportements habituellement très structuré et organisé. Les ouvrières butineuses butinent moins, les ouvrières nourrices s’occupent moins du couvain, la reine pond moins… L’apiculteur attentif découvre vite une ruche stressée et vouée certainement à péricliter à l’automne.

Pour l’arboriculture
Tout le monde connait le rôle pollinisateur des abeilles. Il est reconnu qu’elles jouent un rôle fondamental pour garantir la fécondation de beaucoup de plantes de culture et surtout les arbres fruitiers. On ne mesure peut-être pas assez les conséquences d’une diminution drastiques des abeilles.
Lorsque les frelons asiatiques à pattes jaunes sont trop envahissants et trop nombreux, ils s’attaquent aux fruits à l’arrivée de l’automne. A ce moment de l’année, ils ont besoins de beaucoup de sucres pour leur métabolisme et peuvent endommager grandement les récoltes. Sur la vigne, les dégâts peuvent être considérables et anéantir des parcelles entières.

Pour les équilibres des biocénoses
Les abeilles domestiques ne sont pas les seules proies de ce frelon. Diptères, papillons, araignées et bien d’autres taxons sont également prédatés. Les risques de déséquilibres profonds des écosystèmes sont bien réels et la biodiversité diminue drastiquement. Sans prédateurs naturels pour contrôler les populations de frelons asiatiques à pattes jaunes, la voie est libre et le nombre de colonies au kilomètre carré peut atteindre des valeurs effrayantes: plus de 20 nids/km2, soit plus de ~40’000 frelons !

Pour la santé publique
Si cette espèce n’est pas particulièrement agressive loin des nids (contrairement aux guêpes germaniques et aux guêpes communes), le dérangement de leurs colonies déclenche des comportements de défense très virulents. Des dizaines d’individus peuvent attaquer une personne ayant perturbé la quiétude du nid. Dans le canton du Jura, le nombre de personnes piquées par des frelons asiatiques augmente chaque année, en lien avec l’augmentation du nombre de nids. Les douleurs infligées sont très fortes en raison de la composition chimique du venin et de la quantité injectée par le gros aiguillon. Et parfois des prises en charge médicales sont nécessaires, voire cruciales en cas de choc anaphylactique.

Bien distinguer l’espèce

Un peu de classification permet de situer le frelon asiatique à pattes jaunes dans l’ordre des hyménoptères.

La «grande famille» des Hyménoptères

…ces insectes avec 2 paires d’ailes membraneuses, les antérieures plus grandes que les postérieures et couplées entre-elles…

Groupe des Aculéates

Ce groupe comprend globalement les frelons, les guêpes, les abeilles et les bourdons. Cela représente énormément d’espèces dont beaucoup sont en danger de disparition en raison de la banalisation des habitats naturels et des produits chimiques dispersés dans l’environnement. Les deux premiers groupes (frelons et guêpes) sont regroupés dans les Vespoïdes.

Groupe des Vespoïdes

Les 2 frelons actuellement présents en Suisse sont bien plus gros que les guêpes.

Différence frelon européen et à pattes jaunes

Progression de l’invasion

En Europe

Arrivé en Europe en 2004, dans la région bordelaise, ce frelon a petit à petit colonisé toute la France d’Ouest en Est, puis progressivement la quasi totalité des pays du centre de l’Europe. Sa vitesse de propagation est d’environ 70 km/an dans un terrain plat.

En Suisse

La Suisse a été atteinte en 2017, avec un premier nid dans le canton du Jura. Maintenant, plus de la moitié de la Suisse est colonisée.

Biologie du frelon asiatique à pattes jaunes

Comme beaucoup d’hyménoptères sociaux, la colonie de frelons à pattes jaunes comprend plusieurs castes spécialisées dans la colonies : la reine, une femelle fertile qui assure la reproduction et la ponte, les ouvrières qui sont des femelles stériles entretenant la colonie et récoltant la nourriture, et des faux-bourdons, des mâles apparaissant en fin de saison pour assurer la fécondation. Si, chez les abeilles domestiques, les différences morphologiques entre les castes sont évidentes, elles le sont beaucoup moins chez le frelon asiatique. Pour distinguer les mâles, il faut regarder l’extrémité de l’abdomen et y rechercher 2 petites tâches jaunes. Pour les femelles, la taille et le poids peuvent être utilisés, mais avec des valeurs qui se recoupent parfois. La largeur du thorax est aussi un élément à prendre en considération, mais la mesures, au quart de millimètre près sont difficiles à réaliser.

Cycle de vie

Chaque année, tout recommence…
Une colonie de frelons asiatiques ne vit que 9 mois environ. Au départ, une jeune reine, fécondée l’automne précédent, donc prête à pondre, reprend de l’activité après un hivernage en solitaire. Elle construit un premier nid, le nid primaire (nid I) qui grandira jusqu’en été et qui verra l’éclosion de quelques centaines d’ouvrières. L’ « immeuble » devenant trop petit, tout le monde déménagera au sommet d’un arbre pour y bâtir un palace (le nid secondaire, nid II) pouvant contenir des milliers de locataires. A la fin de l’automne, tous les individus meurent, sauf les nouvelles reines qui ont été fécondées. Elles quittent alors le nid II pour hiverner dans des petites cachettes, dans la mousse, dans les branchages, dans les anfractuosités, …

Nourriture

Comme toutes les « guêpes sociales », le frelon à pattes jaunes se nourrissent de sucres (fruits mûrs, miellat, nectar) et de protéines animales (abeilles, mouches, guêpes, …). Alors que les larves sont essentiellement nourries avec des boulettes de protéines, les adultes ingurgitent principalement des sucres. Il faut dire que leurs longs et fréquents déplacements du nid aux sources de nourritures nécessitent beaucoup d’énergie, sans compter les nombreux vols stationnaires qu’ils exécutent à la manière des hélicoptères devant les ruches.

Cette technique de chasse en fait le principal prédateur des abeilles domestiques. Ce carnage peut même conduire à l’extermination de ruches entières. En revanche, côté prédateurs du frelon asiatique, on ne connait à ce jour que la « buse » appelée Bondrée apivore, le Guêpier d’Europe et peut-être la plante carnivore Sarracenia. Malheureusement, la densité de population des frelons est telle que leur impact est nul.

Un nid de frelon peut consommer plusieurs kilogrammes d’insectes en une saison.